Il est des lieux où l’on se rend pour s’éclipser, observer ce qui nous entoure, et de ceux dans lesquels on partage un instant convivial. Ceux où l’on choisit d’être spectateur ou bien acteur. Et si l’un d’eux permettait les deux ?
Ici s’entremêlent les rires d’un enfant, les rumeurs d’un lendemain de soirée, les remarques d’une cliente impatiente et les murmures d’un couple discret. La diversité des profils s’y trouvant remplit ce lieu de vie, créant un petit brouhaha organisé. Un endroit où le mot “café” est représenté à son apogée. Une carte écrite à la craie se démarque des tons automnaux des murs, et de la condensation se dessine sur la vitrine réfrigérée, débordante de pâtisseries. Un client pressé demande à emporter une boisson, tandis que “Superstition” de Stevie Wonder survole un “Je vous écoute”, adressé à deux amies partageant le menu. Mais celle qui voit, goute, sent et entend le plus est la table se trouvant au milieu de la pièce. Une petite fille y raconte une histoire effrayante, faisant faussement écarquiller les yeux de sa mère. Un homme bien habillé y passe un coup de téléphone en langue étrangère, griffonnant du bout des doigts sur un carnet en cuir. Deux mains s’y entremêlent doucement, des fleurs cachant les visages amants. À l’opposé, un canapé moelleux propose une toute autre ambiance. Sous de chaleureuses ampoules, les groupes d’amis défilent sans jamais laisser une discussion perdre le fil. Le glaçage framboise d’un cheesecake fond au contact de leurs lèvres, soutenues de rires. Un bar mural accueille quelques personnes seules, face à leurs écrans. Des poils s’hérissent lorsqu’un courant d’air s’immisce. La lumière de l’extérieur se faufile laissant apercevoir quelques tables occupées, où manteaux et écharpes convainquent les frileux de rester. Il est des lieux où certains se hâtent et où d’autres se détendent, des lieux où chacun trouve sa place et où tout commence.
Elsa Dubois
