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Préambule

La sociologie emploie le terme « crime » pour désigner tout comportement que le droit incrimine en menaçant son auteur d’une peine. Les comportements criminels représentent ce qui est socialement inacceptable, et leur condamnation met en lumière les valeurs que la société entend protéger. Dans la sociologie, le crime constitue un thème auquel il est difficile d’échapper, mais qui laisse une impression décevante. En effet, ce sujet est étudié depuis plus d’un siècle et pourtant, il n’y a pas de progression réelle dans les connaissances.

Dans le cadre de notre thème, Émile Durkheim, père fondateur de la sociologie, apporte un éclairage, car il considère les faits sociaux comme des choses. Le crime, étant un fait social selon lui, doit donc être déterminé par des facteurs sociaux, plutôt que par des facteurs simplement psychologiques ou biologiques. Il affirme que le crime a un aspect utile, car il est lié aux conditions fondamentales de la vie sociale, qui sont elles-mêmes indispensables à l’évolution normale de la morale et du droit. De plus, il dit qu’il n’existe aucune société qui ne connaît pas le crime. Selon lui, le crime est donc finalement « normal », car une société qui en serait exempte est tout à fait impossible.

Nous nous sommes donc basés sur les études durkheimiennes ; dans son article « Le crime : phénomène normal », Durkeim aborde la contagion des comportements. Ainsi, pour lui, le crime pourrait se transmettre d’individu en individu. Le terme « typologie de criminel » est également survenu dans ses études, ainsi que dans le monde en général. Suite à nos recherches sur ses propos concernant le crime, nous nous sommes demandé comment cette thématique était perçue et traitée de nos jours face à l’apparition des médias sociaux. Nous avons alors complété nos premières recherches par l’étude « Médiatiser ou média-attiser le crime ? » de Michaël Dantinne (Université de Liège).

Les critères de sélection des faits médiatisés

Au quotidien, nous voyons des faits criminels dans les médias papier et audiovisuels. Mais ceux-ci ne sont pas sélectionnés au hasard. 4 critères principaux conditionnent leur médiatisation :

  • Le premier facteur résulte de la rapidité, voire même de l’immédiateté avec laquelle l’affaire pourra être abordée dans les médias. Ce type d’affaire criminelle permet aux journalistes de proposer à leur public une actualité « en direct » sans avoir le besoin d’effectuer des recherches ultérieures. Dans ce critère de sélection, la notion de « mort au kilomètre » intervient également. En effet, plus les faits sont proches géographiquement du média, plus l’affaire a de chance d’apparaitre dans les journaux, car les lecteurs se sentent plus concernés par les faits.

  • Deuxièmement, il y les affaires criminelles auxquelles on peut rattacher la fonction de « catharsis ». Ces faits ont pour la plupart des contextes familiers qui permettent ainsi aux lecteurs de s’identifier émotionnellement à l’affaire et ainsi purger son envie de violence voire de meurtre.

  • Troisièmement, on retrouvera les faits qui peuvent être simplement réduits à une seule personne ou à une caractéristique de celle-ci comme la nationalité ou la religion.

  • Finalement, tous les cas criminels considérés comme « fortement dramatique » sont les plus susceptibles de se retrouver à la une des médias, car ces affaires capteront davantage l’attention du lecteur. Une autre caractéristique impacte également la sélection de l’information criminelle: la notoriété de la personne. Lorsqu’une célébrité est impliquée dans un crime, qu’elle en soit la victime ou la meurtrière, l’affaire sera davantage médiatisée, car elle intéressera le public. Ces diverses caractéristiques déterminent ainsi les choix de médiatisation et expliquent la raison pour laquelle les affaires criminelles sont tout autant mises en avant par les médias.

Les types de criminels mis en avant dans les médias

Il existe plusieurs types de criminels et ceux-ci sont classés, en fonction de leurs aspects mentaux et de leurs actes, dans différentes catégories, qui permettent au juge d’être le plus objectif et le plus juste possible lors du jugement.

  1. Le criminel d’habitude : Jeffrey Dahmer, Jack l’Éventreur ou encore le dépeceur de Mons sont tous des criminels d’habitude dits « tueurs en série ». Ceux-ci ont beaucoup de succès dans les médias, car ils nous inspirent de la peur par leur personnalité très complexe. De plus, l’humain aime la presse pour sa fonction de divertissement, et quoi de mieux que des histoires sanglantes ? Ce dernier est fasciné, admire parfois même ces meurtriers, qui se sont hissés, comme les stars de cinéma, à une catégorie sociale plus élevée que la norme. Certains tueurs en série ont aussi un lien particulier avec la presse comme Jack l’Éventreur, qui se vantait de ces crimes en envoyant des courriers à la presse.

  2. Le criminel passionnel : Le crime par passion fait aussi souvent parler de lui. En effet, beaucoup connaissent, par exemple, l’assassinat de John Lennon par l’un de ses fans, ou encore la série
    « You » qui met en scène l’amour obsessionnel. L’intérêt des médias pour cette catégorie vient du fait qu’elle offre beaucoup de possibilités : Mise en scène des évènements, billet d’ambiance durant le procès, portrait du criminel, etc. Tout comme pour les tueurs en série, l’humain porte une sorte de fascination vis-à-vis du meurtrier suite à l’incompréhension qu’il suscite ; comment peut-on en arriver à tuer une personne qui compte tant à nos yeux ? De plus, ce genre de fait sera très célèbre dans la presse locale, ce qui attisera encore plus d’intérêt de la part du lecteur qui connaitra peut-être la victime ou le coupable.

  3. Le criminel toxicomane : À contrario des deux premiers groupes de criminels, on ne parle que très peu, voire pas du tout de cette catégorie dans les médias. On retrouve parmi ces crimes des litiges entre voisins, des meurtres entre personnes sans domiciles fixes, des règlements de compte, etc. Le nom des coupables est très rarement cité et les articles qui en parlent ne sont que très peu développés. Et pour cause, ils n’ont pas une histoire captivante à raconter. Comme le dit la psychologie sociale : « les toxicomanes suscitent le mépris, le dégout ou encore le rejet ».

En conclusion, si le crime fonctionne si bien dans les médias, c’est parce qu’il joue sur la fonction cathartique, c’est-à-dire vivre les évènements par procuration. Les criminels d’habitude et les criminels par passion remplissent très bien cette fonction de par leur caractère hors norme, mais aussi de par la fascination que le public leur porte. Ils occupent donc une place majeure dans les médias car ils leur sont rentables. À l’inverse, si les criminels toxicomanes sont peu évoqués, c’est parce qu’ils ne font pas vendre. Finalement, ce n’est pas l’acte criminel en tant que tel qui intéresse, mais les détails qui s’y rapportent.

L’influence des médias sur les comportements criminels

Au-delà des méthodes adoptées par les médias pour traiter les crimes, il est crucial d’explorer les répercussions de cette médiatisation. Ces modes de pensée ne sont pas innés, mais construits socialement pour donner un sens aux informations. Ces constructions engendrent des perceptions qui, à leur tour, influencent les opinions, les identités et les comportements de chacun. De nos jours, les médias jouent un rôle important dans les interactions sociales en attribuant un sens aux actes violents. Par conséquent, ils ont la capacité de modifier les représentations sociales liées à ces événements. De nombreuses études ont examiné la relation entre les médias et les comportements criminels, mais il y a toujours un débat. Certaines personnes soutiennent que les médias peuvent aider, mais ils ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent le comportement criminel : nous en avons soulevé quelques-uns.

  • Les réseaux sociaux : Les réseaux sociaux ont la capacité de diffuser rapidement des informations à un public très large, ce qui peut causer des réactions différentes chez chacun. Par exemple, sur X, anciennement Twitter, les contenus violents sont souvent visibles en un seul clic ! Il suffit d’une recherche pour que tout bascule et que des images violentes non floutées se retrouvent entre les mains de n’importe qui. L’exposition à des contenus violents ou criminels peut conduire à une désensibilisation du public face aux conséquences morales et émotionnelles du crime, ce qui pourrait augmenter le nombre de personnes qui adoptent des comportements criminels. Il y a aussi un risque de glorification involontaire des criminels, surtout si les contenus ne sont pas modérés de manière appropriée. À l’époque, il était possible d’envoyer des lettres à des criminels qui purgent leur peine de prison, même si on ne les connaissait pas personnellement. Sur TikTok, cette tendance a récemment refait surface : De nombreuses femmes se filmaient en train de choisir un criminel sur le site d’une prison, selon des critères de beauté, et leur envoyait des lettres à l’eau de rose en oubliant les faits qui leur étaient reprochés. C’est une preuve que cette glorification est bel et bien présente.
  • Les contenus audiovisuels : Plusieurs séries, films et documentaires basés sur des criminels connus sont très populaires. Lorsque vous recherchez des mots comme « crime » ou « meurtre » dans le répertoire de Netflix, plus de 41 types de contenu audiovisuel apparaissent : dans les séries récentes, telles que Dahmer, Narcos ou Murder, mais aussi dans des films comme American Sniper, Scarface, ou encore Un 22 juillet. Ces œuvres sont dramatisées pour des raisons de divertissement, et peuvent avoir des libertés artistiques malgré les insignes faits réels.

Réactions sociales face à la médiatisation du crime

Vous l’avez compris, les actes criminels ont une place privilégiée au sein de l’information. Mais derrière l’écran, cette banalisation du crime impacte, avant tout, le public. Cela entraîne ce que l’on appelle la « réaction sociale », c’est-à-dire une réaction raisonnée face à un crime ou un délit. Car, en réalité, la criminalité trouve son importance dans les réactions qu’elle suscite. Or, ces réactions sont influencées par la vision du monde que chaque individu se fait du crime, du criminel et de la justice, en fonction de son vécu personnel et de sa sensibilité. Cette représentation est donc propre à chacun. De ce fait, certains peuvent avoir une perception biaisée de la criminalité, pouvant entraîner des stéréotypes qui impactent leurs opinions et comportements. Mais, la façon dont les médias présentent le sujet a également une influence sur la perception du public vis-à-vis de la criminalité. La plupart du temps, les évènements sont mis en scène ou entourés d’une narration, ce qui suscite une certaine fascination pour une grande partie du public. Phénomène notamment observé à travers les séries, face auxquelles le public développe instinctivement un attachement aux personnages qui jouent pourtant un rôle mauvais ; comportement qui serait, en réalité, totalement exclu en société. À l’inverse, certains sont sujets à un vecteur d’insécurité. En effet, les médias, en montrant un intérêt particulier pour les comportements sortant de la « norme » et en mettant en évidence les affaires à sensations, cristallisent l’inquiétude chez le public. Les faits divers, étant très présents dans l’information, reflètent une société sombrant dans la criminalité. C’est à travers de cette vision médiatique que le public se construit une image du monde qui l’entoure. Pour ne rien arranger, les médias jouent sur la vulnérabilité du public ; ils sautent sur les informations traitant d’insécurité, quitte à exagérer le phénomène réel. Mais les médias ne sont pas l’unique cause de ce climat d’inquiétude. Le public y contribue lui aussi, car une chose le passionne : l’émotionnel. Le spectaculaire tient une place centrale dans les médias et, de ce fait, nourrit les angoisses de l’audience. Tous jouent un rôle dans cette course au sensationnalisme.

La politique et la justice

Du fait que les affaires criminelles sont mises en avant par les médias, les procès qui s’y rapportent sont également médiatisés. Bien que cette médiatisation n’influence pas nécessairement le jugement final de la justice, elle a bel et bien un impact sur l’opinion publique et sur la politique. En effet, les politiciens useront des crimes médiatisés pour orienter leurs campagnes électorales et ainsi conquérir l’appréciation de la population : en leur promettant une meilleure sécurité ainsi que de nouvelles législations plus strictes concernant les sentences attendues aux meurtriers.

Diana Naime, Théo Vanhoof, Rania Zoufir, Elsa Dubois